Présent de l’agriculture à l’agroalimentaire en passant par le négoce et la distribution, InVivo accélère sur le digital, la data et l’intelligence artificielle. Stéphane Marcel, Chief Digital Officer d’InVivo et CEO d’InVivo Digital Factory, revient sur la transformation des relations B2B, l’essor des agents IA et les premiers gains obtenus pour le groupe à l’échelle industrielle.
INNOVATION B2B : Pouvez-vous présenter InVivo, ses activités et ses principaux marchés ?
Stéphane Marcel : InVivo est l’un des plus grands groupes coopératifs agricoles européens avec près de 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont la moitié réalisée à l’international. Nous réunissons 170 coopératives membres, sommes présents dans une trentaine de pays et comptons 13 000 collaborateurs.
Nous intervenons dans quatre grands métiers : l’agriculture, le négoce international, la distribution grand public – notamment au travers de nos deux enseignes phares Jardiland et Gamm vert, et la transformation agroalimentaire. Sur cette dernière activité, nous sommes présents dans la filière blé et dans le malt, dont nous sommes le premier producteur mondial. Notre ambition est d’accompagner la transition agricole et alimentaire vers un modèle plus résilient.
Comment le digital transforme-t-il la relation entre InVivo et les professionnels du monde agricole ?
Les attentes du B2B ont profondément évolué. Qu’il soit agriculteur, boulanger ou brasseur, un client veut aujourd’hui pouvoir interagir avec nous quand il le souhaite, acheter à tout moment et retrouver la même fluidité entre le physique et le digital.
Les plateformes e-procurement B2B développées par les équipes d’InVivo Digital Factory (aladin.farm, farmi.com, Episens, Countrymalt…) génèrent aujourd’hui plus de 600 millions d’euros de revenus annuels. Elles multiplient les points de contact et nous permettent, grâce à la data, de mieux comprendre et d’anticiper les besoins. Mais on ne délègue pas la relation client au digital : il vient augmenter la relation existante, pas remplacer l’humain.
Grâce au digital, nous avons aujourd’hui la capacité d’anticiper par exemple une rupture de stock chez un boulanger à partir de ses flux et de son niveau d’activité. La plateforme n’est alors plus seulement un canal d’achat : elle devient un outil de pilotage de son activité.
Avec des plateformes comme aladin.farm ou farmi.com, comment évoluent les achats et les services B2B agricoles ?
Ces outils prennent encore plus d’importance dans un contexte marqué par une forte volatilité des prix, des matières premières et de l’énergie, à laquelle s’ajoutent les aléas climatiques.
Un agriculteur peut acheter ses intrants (semences, engrais, produits de protection des plantes…) en ligne lorsqu’il estime que le moment est favorable ou vendre sa récolte au bon moment en fonction des marchés. On passe ainsi progressivement d’un simple canal transactionnel à une plateforme de pilotage quotidien de l’exploitation. C’est cette rapidité et cette transparence qui apportent davantage d’agilité aux professionnels. L’IA ouvre ainsi une nouvelle étape dans la transformation du commerce B2B.
Vous aviez identifié plus de 50 cas d’usage de l’IA générative. Lesquels ont aujourd’hui réellement passé le cap de l’industrialisation ?
Nous avons commencé, comme beaucoup d’entreprises, par déployer des outils d’IA générative sécurisés et des assistants pour nos collaborateurs. Mais nous entrons désormais dans une phase beaucoup plus intéressante : celle des agents IA, capables non seulement de traiter de l’information mais aussi d’agir avec une certaine autonomie.
Nous avons identifié plus d’une cinquantaine de cas d’usage, puis sélectionné ceux présentant le plus de potentiel. Trois ou quatre sont désormais réellement industrialisés. Notre Digital Factory met parallèlement en place une plateforme agentique à l’échelle du groupe permettant à des « AI champions » dans les métiers de développer leurs propres agents et de les partager via une marketplace interne.
Les premiers résultats sont tangibles. La Digital Factory a par exemple gagné 25 % de productivité sur sa production logicielle en un an. Nous avons également des agents en production dans le Retail et le B2B, pour enrichir les données de nos plateformes, avec des effets sur les taux de conversion et le NPS. Dans le trading, d’autres agents IA automatisent l’acquisition et la consolidation de données afin d’augmenter le travail des analystes.
Avec MALTimize, solution IA développée pour l’industrie de la malterie, comment la data et l’IA améliorent-elles concrètement la performance industrielle ?
La production de malt est un processus complexe, dépendant notamment de la qualité de l’orge et des conditions de production. Nous avons équipé nos usines de capteurs et développé une acquisition de données en temps réel. Ces données alimentent douze algorithmes travaillant sur différents critères de qualité afin de recommander au chef malteur la recette la plus adaptée.
Après plusieurs années d’apprentissage, nous constatons deux effets principaux : une diminution de la variabilité entre les lots de production et, dans certains cas, une amélioration du rendement, c’est-à-dire de la quantité de malt produite à partir d’un kilo d’orge.
MALTimize est ainsi devenu beaucoup plus qu’un outil de recommandation : c’est un programme qui contribue à transformer Soufflet Malt, filiale majeure du groupe InVivo, en entreprise davantage pilotée par la donnée. Nous y avons progressivement connecté des outils liés notamment à la consommation d’énergie ou à la performance industrielle, tous alimentés par une même plateforme de données. C’est un bon exemple de la performance que l’on peut aller chercher en transformant une entreprise industrielle en entreprise « data driven ».
Stéphane Marcel interviendra lors du débat inaugural « Les défis de l’accélération IA en B2B » de la conférence Innovation B2B 2026.
{{ config.conference.register }}