Laboratoire pharmaceutique français, familial et indépendant, Biocodex accélère sa transformation numérique et le déploiement de l’intelligence artificielle. Julien Dureisseix, Chief Digital Officer, explique pourquoi le groupe a réuni Digital, Data, IA et IT sous une même direction, revient sur sa démarche pour diffuser l’IA auprès des collaborateurs, détaille comment il concilie innovation et exigences réglementaires, et partage ses priorités pour les prochains mois.
INNOVATION B2B : Pouvez-vous présenter Biocodex, ses activités et ses principaux marchés ?
Julien Dureisseix : Biocodex est un laboratoire pharmaceutique français, familial et indépendant, fondé en 1953. Nous intervenons dans quatre domaines : les microbiotes, la santé de la femme, les maladies rares et les produits établis répondant à des besoins de santé courants. Parmi nos marques phares figurent Ultra-Levure®, Saforelle® et Diacomit®.
Le groupe a réalisé 677 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, dont les deux tiers à l’international. Nous comptons plus de 1 900 collaborateurs représentant environ 40 nationalités, 17 filiales et nos produits sont disponibles dans plus de 100 pays. La France reste notre premier marché.
Pourquoi avoir regroupé Digital, Data, IA et IT au sein d’une même direction ?
Ces activités étaient auparavant réparties entre différentes directions. Les réunir permet d’avoir une même feuille de route, des objectifs communs, un budget consolidé et une vision globale de nos initiatives.
Surtout, ces sujets sont désormais indissociables : pas d’IA à grande échelle sans un socle digital et data solide. L’IA sans la data, ça n’a pas de sens. Et l’IA sans une plateforme technologique robuste n’en a pas davantage. Réunir la technologie, l’IT, la data et l’IA sous une même bannière nous permet d’être plus cohérents dans notre transformation. C’est aussi une question d’équipes : en fonctionnant en « One Team », nous mettons les bonnes compétences autour de chaque projet, dès le départ.
Quels sont les principaux usages du digital et de la data chez Biocodex ?
Le digital recouvre des usages variés. L’Institut des Microbiotes, par exemple, diffuse des contenus pédagogiques auprès du grand public comme des professionnels de santé, et son site Internet accueille environ 2 millions de visiteurs par an.
La data, elle, est le socle de notre pilotage. Nous consolidons les données de nos différents marchés pour suivre leur performance de façon homogène. C’est aussi ce socle qui rend l’IA réellement utile, comme le montrent nos premiers cas d’usage.
Où en êtes-vous dans le déploiement de l’IA et de l’IA générative ?
Nous avons véritablement démarré en septembre 2024 autour d’une démarche en trois temps : « Engage », « Train » et « Build ». Le premier consiste à donner accès aux outils : tous nos salariés ont accès à ChatGPT Enterprise ou à Microsoft Copilot. Le deuxième porte sur la formation, avec des webinaires et des hackathons : plus de 1 000 collaborateurs ont déjà été formés. Le troisième vise à développer des solutions métiers en utilisant les modèles d’IA disponibles.
Pour accélérer l’adoption, nous nous appuyons sur une gouvernance dédiée : une charte IA, un PMO IA et surtout une GenAI Squad, un réseau d’ambassadeurs présents dans 13 départements. Elle a trois missions : être experte des outils IA ; soutenir son département en répondant aux questions des équipes sur l’IA ; et identifier, cartographier et accompagner le développement des cas d’usage.
L’adhésion est au rendez-vous : 97 % d’engagement sur ChatGPT en septembre, 91 % des utilisateurs déclarent gagner du temps, et près de 900 assistants IA ont déjà été créés en interne. Plusieurs solutions sont aujourd’hui en production, de la business intelligence conversationnelle sur nos données de ventes et de reporting à l’aide à la rédaction en affaires réglementaires, toujours avec un contrôle humain.
Justement, dans un secteur aussi réglementé que la santé, comment conciliez-vous innovation, sécurité des données et fiabilité des outils ?
Nous avons identifié deux exigences : la technologie et la réglementation. Sur le plan technologique, nous utilisons les versions entreprise des outils et nos données ne servent pas à entraîner les modèles des éditeurs. Sur le plan réglementaire, notre priorité est de nous conformer à l’AI Act européen. Cela suppose de disposer d’un inventaire précis des systèmes et outils utilisant l’IA, mais aussi de former nos équipes, ce que nous faisons depuis le début avec notre pilier « Train ».
Enfin, nous conservons systématiquement une validation humaine : aucun contenu ni aucune décision ne part sans validation par nos équipes. Nous commençons à tester des agents IA, de manière prudente, sur des tâches très spécifiques et toujours sous le contrôle des équipes.
Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ?
Passer de l’expérimentation au déploiement à grande échelle. Cela veut dire industrialiser les cas d’usage qui ont fait leurs preuves, mesurer leur valeur, poursuivre prudemment les tests sur les agents IA et continuer à renforcer notre socle de données. Notre conviction tient en une phrase : pas d’IA à grande échelle sans données, sans équipes et sans cap.
Julien Dureisseix interviendra lors du débat inaugural « Les défis de l’accélération IA B2B » dans le cadre de la conférence Innovation B2B 2026 le 10 décembre à Paris.
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